
PD Dr méd. Simon Stämpfli
Médecin-chef adjoint en cardiologie, Centre cardiaque de Lucerne
Pourquoi le poids et la glycémie sont des facteurs de risque sous-estimés pour le cœur et le système cardiovasculaire, et ce que cela implique pour la pratique médicale.
Quels dangers silencieux peuvent être liés à un poids corporel élevé et à une glycémie élevée ?
Le surpoids, en particulier la graisse viscérale, est bien plus qu’un problème esthétique. Il agit comme un organe hormonalement actif et influence considérablement les processus métaboliques. Parallèlement, de nombreuses personnes développent au fil des années une résistance à l’insuline, qui constitue un stade précurseur du diabète de type 2. Ces changements s’installent progressivement. Les patients se sentent longtemps en bonne santé, tandis que leurs vaisseaux sont déjà endommagés en arrière-plan.
Une glycémie chroniquement élevée entraîne :
- des lésions de l’endothélium, la paroi interne des vaisseaux ;
- une stimulation des processus inflammatoires ;
- une accélération de l’athérosclérose.
Il peut en résulter des maladies telles que la maladie coronarienne, l’accident vasculaire cérébral ou l’insuffisance cardiaque, souvent accompagnées de conséquences graves.
Que faut-il entendre par syndrome métabolique, et pourquoi cette association de plusieurs facteurs de risque est-elle considérée comme particulièrement dangereuse ?
La combinaison de plusieurs facteurs, connue sous le nom de syndrome métabolique, est particulièrement dangereuse. Elle comprend :
- une obésité abdominale ;
- une glycémie à jeun élevée ;
- une dyslipidémie, par exemple un taux élevé de triglycérides ;
- une hypertension artérielle.
Cette combinaison augmente considérablement le risque de maladies cardiovasculaires. Pourtant, le syndrome métabolique est souvent diagnostiqué tardivement dans la pratique, notamment parce que ses différentes composantes sont considérées séparément.
« Le plus grand défi n’est pas le diagnostic, mais le changement durable des comportements. »
Pourquoi ce danger est-il sous-estimé ?
Plusieurs facteurs contribuent à ce que les risques métaboliques soient souvent négligés :
- Absence de symptômes : les premiers stades évoluent généralement sans symptômes.
- Patients à risque de poids normal : même les personnes ayant un IMC normal peuvent présenter des troubles métaboliques (« TOFI » – thin outside, fat inside, c’est-à-dire minces à l’extérieur, mais avec une accumulation de graisse à l’intérieur).
- Focalisation sur certaines valeurs isolées : la pression artérielle ou le cholestérol sont souvent davantage pris en compte que la résistance à l’insuline ou l’évolution de l’HbA1c.
- Manque de temps au cabinet : une évaluation globale du risque nécessite du temps, qui fait souvent défaut dans la pratique quotidienne.
Quels défis le syndrome métabolique pose-t-il pour la pratique médicale ?
La prise en charge des patients présentant un risque métabolique pose plusieurs défis structurels et de fond au système de santé :
1. Améliorer le dépistage précoce
De nombreux patients ne sont diagnostiqués que lorsque des maladies avérées, telles qu’un diabète ou des complications cardiovasculaires, sont déjà présentes. Les mesures suivantes seraient pertinentes :
- des programmes de dépistage réguliers ;
- le recours à l’HbA1c ou à la glycémie à jeun ;
- l’utilisation de scores de risque pour une meilleure évaluation.
2. Organiser une prise en charge globale
La santé métabolique nécessite des approches interdisciplinaires :
- médecine nutritionnelle ;
- conseils en matière d’activité physique ;
- soutien psychologique.
3. Accompagner durablement les changements de mode de vie
Le principal obstacle n’est pas le diagnostic, mais le changement durable des comportements. Les médecins doivent motiver les patients et fixer des objectifs réalistes, souvent avec des ressources limitées.
4. Proposer un traitement personnalisé
Tous les patients ne bénéficient pas de la même stratégie. Des facteurs tels que la génétique, les conditions de vie et les comorbidités doivent être davantage pris en compte.
Quels sont les éléments clés d’une prévention efficace ?
L’importance de la santé métabolique continuera de croître à l’avenir, notamment en raison de l’augmentation des taux d’obésité et du vieillissement de la population. La prévention doit donc commencer plus tôt :
- sensibilisation dès l’enfance ;
- promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique ;
- offres de prévention facilement accessibles.
Conclusion
Le poids et la glycémie ne sont pas des paramètres isolés, mais des indicateurs centraux de la santé cardiovasculaire. Leur importance est toutefois souvent sous-estimée, avec des conséquences considérables.
Pour les cabinets de médecine de premier recours, cela signifie qu’il ne faut pas attendre que le diabète, la maladie coronarienne ou l’insuffisance cardiaque se soient déclarés pour traiter les risques métaboliques, mais qu’il faut les identifier précocement, les nommer et les prendre en charge progressivement, par petites étapes réalistes et répétées.